Samedi 19 décembre 2009
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Depuis plusieurs semaines, je cherche dans ma bibliothèque un roman de Milan KUNDERA, L'Identité. L'écrivain
tchèque a publié ce roman il y a une quinzaine d'années. L'identité n'est pas considéré comme un classique de KUNDERA, que l'on connaît
surtout pour L'insoutenable légèreté de l'être, fresque lyrique et baroque, avec de multiples rebondissements et une grande richesse
narrative.
Il faut dire que pour L'identité, Milan KUNDERA s'est essayé à la langue française, qui n'est pas sa langue maternelle. Il en a tiré un
court roman d'introspection, où son personnage est à la fois à la recherche et en perte de lui-même. Tout simplement, le personnage de KUNDERA se retrouve brutalement confronté à un problème
d'identité, de définition ou de redéfinition d'identité. Ce premier point est intéressant, l'identité comme notion évolutive, figée et floue, précise et imprécise.
Le personnage se trouve au milieu de ses semblables mais ne les perçoit pas, sa vision se trouble, ses sens perdent leur acuité. Il est ainsi obligé de réfléchir pour comprendre ce qui lui arrive
et retrouver son identité. Il s'agit plus d'une perte de repères que d'une amnésie.
Qu'est-ce donc que l'identité? A lire le roman, le concept d'identité paraît relatif. Partons de cette imprécision pour essayer de déterminer des critères
objectifs. Existe-t-il une identité objective?
Tout d'abord, l'identité renvoie à la similitude, à la reproduction exacte d'un modèle. Deux choses semblables sont identiques, on peut reproduire à l'identique.
Ainsi, un tableau peut être copié et une photocopie restitue le document original. Ce premier sens du mot identité ne s'applique pas à l'espèce humaine. Il n'existe pas deux êtres humains
identiques. Les codes génétiques peuvent être très semblables, mais les personnes seront différentes. Cette distinction inhérente d'un être par rapport à un autre s'applique aussi pour la
gémellité. En effet, certes deux êtres peuvent se ressembler comme deux gouttes d'eau, mais ils ne s'exprimeront pas de façon identique et n'auront pas le même comportement au même moment. Ils ne
seront donc pas parfaitement identiques.
Le sens mathématique du mot identité reprend l'idée d'exactitude, en y associant le concept d'égalité. L'identité y devient une égalité dont les membres prennent des valeurs numériques égales.
L'égalité vaut aussi pour le principe d'identité, fondement de la logique traditionnelle, selon lequel toute chose est identique à elle-même. L'égalité mathématique est donc objective et
inaltérable. Qu'en est-il de l'égalité entre êtres humains? Sur le papier ou sur la pierre - Liberté, Egalité, Fraternité clament nos mairies - l'égalité est totale. Mais hélas, cette égalité
officielle, que bon nombre de préambules constitutionnels reprennent, ne résiste pas à la vie quotidienne. Deux individus n'auront bien sûr pas la même existence et, pour donner un exemple
géopolitique, l'inégalité nord-sud ne cesse de croître, en matière d'espérance de vie, de concentration des richesses, de développement technologique. Doit-on alors tendre vers l'égalité entre
individus? Au niveau politique, incontestablement. Tout citoyen en âge de voter peut autant bénéficier de ce droit que toute autre personne dans le même cas. Une femme devrait gagner autant qu'un
homme. A diplôme égal, un français d'origine maghrébine doit postuler au même emploi qu'un français d'origine auvergnate. Les religions n'altèrent pas l'égalité des français aux yeux de la loi.
En ce sens, le débat sur l'identité nationale aurait pu prendre une tournure intéressante, en renvoyant à l'égalité nationale. Cet aspect semble avoir été négligé, la seule concession étant
l'aveu d'Eric BESSON qu'il existait des contrôles d'identité au faciès, renvoyant ainsi à l'inégalité du traitement de l'identité de deux individus, sur un critère à la fois objectif (la couleur
de peau) et subjectif (ce qui est associé à cette couleur de peau).
Cette transgression de l'égalité entre individus renvoie à une nouvelle acception du mot identité, à savoir l'ensemble des caractéristiques et circonstances qui font qu'une personne est bien
telle personne déterminée. La perception des caractéristiques propres à une personne par une autre conduira à un traitement subjectif de cette personne. Selon son éducation, sa religion, son
aspect physique, sa façon de s'exprimer, sa profession et l'infinité des caractéristiques qui font d'elle ce qu'elle est, on ne traitera pas une personne comme on traitera une autre personne.
D'un jour à l'autre, d'une humeur à l'autre, notre comportement variera. Au plan légal, cette inégalité de traitement est interdite par le législateur. Dans un espace national délimité par des
frontières, tous les citoyens jouissant de la même nationalité ont à la fois les mêmes droits et les mêmes devoirs. Techniquement et administrativement, l'identité nationale est la même pour
tous, avec une carte d'identité nationale, pièce officielle comportant une photographie et des indications d'état civil, dérivé matériel et concret de l'identité.
Outre ce document officiel, existe-t-il des supports objectifs de l'identité nationale? Un symbole national a-t-il une valeur identitaire? Incontestablement, un symbole national permet
d'identifier un pays. Ainsi, le drapeau tricolore est associé à la France, de même que la Marseillaise, qui témoigne naturellement de notre francophonie. Mais ces symboles, ces signes extérieurs
d'appartenance nationale, ont-ils une valeur extra-symbolique? Ce sont des supports d'identité nationale, mais en sont-ils des piliers?
A titre personnel, j'en doute. Je ne me sens ni fier ni honteux d'être français. Le seul critère objectif que je retiens est la francophonie. Quant à la valeur symbolique de l'emblème, elle a
plutôt tendance à m'effrayer. Rappelons que le drapeau a surtout un sens militaire, celui de reconnaître les armées sur le champ de bataille. Rappelons que la Marseillaise est un chant guerrier,
renvoyant d'ailleurs au drapeau, 'l'étendard sanglant élevé'. Certains aiment jouer aux petits soldats, d'autres non.
En conclusion, il me semble que le concept d'identité nationale est aujourd'hui dépassé. Les symboles peuvent rassembler, mais ils rassemblent des individus qui ne se ressemblent pas forcément.
Là est la richesse d'une nation, dans SES identités nationales. Comme ce personnage de KUNDERA, qui devient un kaléidoscope.