Roger Karoutchi : coming out ou come back?
Le buzz du jour est à mettre au crédit de Roger KAROUTCHI(cliquer sur son portrait), qui a
ressenti le besoin d'évoquer publiquement son homosexualité. Le conseiller régional affirme être très
heureux avec son compagnon et n'avoir aucune honte à l'affirmer. Il clôt une rumeur qui évoquait cette liaison de toujours, dont la confirmation était attendue à la sortie de son prochain
livre.
Une première réflexion me vient à l'esprit : en clamant haut et fort son homosexualité, Roger KAROUTCHI agit simplement comme un homme de son époque, ni moderne, ni démodé. La décennie 90 a
marqué un net revirement dans les mentalités hexagonales. Jusqu'aux années 70, l'homosexualité était taboue, secrète, voire honteuse. De plus, le culte du silence qui la régissait renforçait son
aspect socialement inacceptable.
La fin des années 70 et les années 80 ont vu l'apparition de groupes anglais et américains ouvertement homos : Queen, Frankie Goes To Hollywood, Culture Club, Yes, Jimmy Sommerville and The
Communards,...
La révolution était en marche, interrompue par les années SIDA, qui virent prospérer des thèses douteuses, localisant notamment la propagation de l'épidémie à New York, au sein de la communauté
Gay de Greenwich Village. En clair, un retour en arrière, aggravé par le 'mythe assassin' autour de Cyril COLLARD, qui ne s'est pas gêné pour refiler la mort à tout ce qui passait dans ses
draps.
Heureusement, la recherche médicale a avancé à pas de géants, jusqu'à la tri-thérapie, contraignante mais efficace. C'en était fini de l'image de mort liée à l'homosexualité, qui redevenait une
alternative sexuelle propre. Bien sûr, avec les précautions d'usage.
Je ne dirais tout de même pas qu'aujourd'hui, il est galvaudé de rendre son homosexualité publique. Par contre, cela me semble être devenu relativement anodin. Et c'est tant mieux, car la
sexualité d'un individu ne doit conduire à aucune discrimination, négative ou positive. L'évolution des mentalités est un processus lent et fragile. Aujourd'hui, nous en sommes à évoquer
l'adoption possible d'enfants et l'union officielle de couples homosexuels. La distance parcourue est énorme.
Revenons à Roger KAROUTCHI : pourquoi cet aveu? Quel en est le sens? Tout d'abord, le conseiller régional souhaite répondre à Valérie PECRESSE, sa rivale à l'investiture UMP pour les élections
régionales de 2010, qui a déclaré 'Moi, j'ai des enfants'. Cette phrase sous-entendait qu'elle était mieux à même de comprendre les problèmes quotidiens des franciliens, notamment au niveau des
transports et de l'organisation familiale qui en découle. La réponse de Roger KAROUTCHI - et c'est d'ailleurs un peu triste - donne la cause de sa non paternité, tout en balayant d'un revers de
main le pseudo-avantage de Valérie PECRESSE lié à sa maternité. 1-1, balle au centre.
Toutefois, je crois que Roger KAROUTCHI cherche surtout à surprendre, à dépoussiérer son image. Non, devant vous, vous n'avez pas un candidat dépassé par l'évolution des moeurs, mais un homme qui
vit avec son temps. Roger KAROUTCHI souhaite ainsi empêcher l'électeur d'associer toute une ribambelle de clichés négatifs liés à sa personnalité et son parcours politique. Il cherche à se
'dé-92ifier'. En aura-t-il le temps? Renversera-t-il une tendance qui lui est très défavorable?
En effet, alors que Roger KAROUTCHI a fait une e-campagne largement supérieure à celle de Valérie PECRESSE - à l'Obama, pourrait-on dire - il se retrouve 20 points derrière sa rivale en
intentions de votes. Il serait même battu par Jean-Paul HUCHON, malgré la casserole judiciaire que ce dernier vient de récupérer.
Fonçant vers une défaite sûre et certaine, Roger KAROUTCHI a dû modifier sa stratègie, renouveler son image, surprendre.
Il vient de réussir un coup médiatique évident, qui se transformera peut-être en coup politique.
Cela dépend du choix de militants UMP.
Publié le 24/01/2009 à 22h09 dans Actu